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Emmanuelle Lucas : “Avec le projet Seine-Bassée, nous aspirons à un partenariat gagnant-gagnant pour le développement du territoire”

Cet article a été rédigé par Cyrielle Pasquier

Crédits photos : Banque des Territoires

Il y a quelques jours nous avons échangé avec Emmanuelle Lucas, Directrice de la Bassée et de l’Hydrologie au sein de l’Etablissement public territorial (EPTB) Seine Grands Lacs. Nous avons fait le point avec elle sur l’avancement du projet Seine Bassée, un projet unique en France qui vise à diminuer le risque d’inondation en Ile de France via la construction de 9 retenues d’eau appelées « Casiers » (dont la première est en cours de construction) et à valoriser la biodiversité du territoire.

 

 

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots le contexte du projet Seine Bassée, comment ce projet est-il né ?

Emmanuelle Lucas : Par la présence des 4 grands lacs de Seine, l’île de France semble protégée du risque d’inondation. Or, cette idée est illusoire car lorsqu’on se remémore l’impact d’une crue centennale comme celle de 1910, dans le contexte d’aujourd’hui où nous n’avons pas la même urbanisation, la vulnérabilité du territoire serait bien plus importante si une crue identique se produisait.

Le projet Seine Bassée est né 20 ans auparavant. Il avait pour objectif de réduire la vulnérabilité de Paris face au risque inondation au regard de la problématique du pic de crue de l’Yonne, les quatre grands lacs ne suffisant pas à protéger la ville. Le principe du projet était de se situer juste en amont de la confluence de la Seine et de l’Yonne pour freiner la Seine.

En juin 2016, lorsque la crue d’été se produit, les grands lacs se trouvent déjà remplis et ne peuvent prendre leur part de la Seine. Paris est alors inondée. Cet épisode a causé beaucoup de dommages et des dizaines de milliers de personnes vivant en bords de Seine ont dû être évacuées. Nous ne nous y attendions pas du tout !  C’est à la suite de cet évènement que nous avons décidé de mener un projet de gestion dynamique pour protéger du risque inondation, de pomper dans la Seine, au bon endroit et au bon moment  dans le but de freiner la Seine et ainsi écrêter la crue de l’Yonne. Le projet est alors reparti en étude de faisabilité.

Puis, en janvier 2018, nous avons eu une nouvelle crue. Les lacs ont cette fois-ci bien effectué leur mission mais pour les fortes crues, plus il y a d’ouvrages qui stockent en amont, mieux c’est.

Nous l’avons bien vu, pour mettre en œuvre un projet de cette envergure, il faut un déclencheur, et souvent c’est un aléa ou une catastrophe. Les évènements successifs nous ont rappelé qu’il y avait des crues. La mémoire d’une crue chez les habitants est très courte, souvent elle s’oublie au bout de 5-10 ans.

 

 

Comment vous êtes-vous inspirés pour penser ce projet, êtes-vous allés voir ce qu’il se faisait ailleurs ?

Emmanuelle Lucas : Nous pensions que les crues de Seine étaient des crues de dynamique lente, nous laissant le temps de remplir nos grands lacs. Cependant, sur l’Yonne, ce sont des crues assez rapides donc cela nécessite de réagir rapidement. C’est pour cela que nous nous sommes inspirés du dispositif des polders du Rhin qui fonctionnent en gestion dynamique avec un système de remplissage déclenché par des seuils de débit.

Ce que je trouve très intéressant sur les polders c’est la pratique des inondations écologiques. Ce sont des inondations contrôlées qui ont lieu au printemps quand les conditions sont réunies, c’est-à-dire lorsque la nappe n’est pas trop basse, quand le Rhin n’est pas trop bas. Les polders ouvrent leur siphon et se remplissent à un certain niveau. Il s’agit d’une inondation forcée. L’espace endigué qui est en l’occurrence un parc est évacué 24 heures avant son remplissage, permettant de remplir les mares des alentours. C’est une opération qui se fait uniquement au bénéfice de la biodiversité. C’est une pratique que nous avons en tête pour la suite.

 

 

Beaucoup de propriétaires sont concernés par le projet. Comment les avez-vous convaincus du bien-fondé du projet ?

Emmanuelle Lucas : C’est une concertation très longue et souvent complexe car on entend encore « territoire servant » et « territoire servi ».

Il faut d’abord que les élus parlent aux élus. Dans notre cas, le Président de Seine Grands Lacs, Patrick Ollier, également Président de la Métropole du Grand Paris et notre Vice-Président Régis Sarazin, élu Seine et Marnais ont beaucoup échangé avec les élus locaux seine et marnais, c’est la première étape pour créer un lien de confiance. Nous travaillons très étroitement avec les maires des 5 communes riverains, la communauté de communes Bassée – Montois et le département de Seine et Marne car nous allons nous installer pour des dizaines d’années en tant qu’exploitant de cet ouvrage et devenir ainsi un nouveau partenaire pour le développement du territoire. Nous sommes quotidiennement en contact avec les maires qui sont nos premiers relais auprès des administrés.

De plus, il est nécessaire d’être toujours à l’écoute car il faut répondre à l’inquiétude des acteurs concernés notamment par rapport à leurs changements d’habitude. Ce projet implique pour ces acteurs de réadapter leurs usages. De fait, nous travaillons avec les fédérations de chasse et de pêche de Seine et Marne, les maires pour co-construire la gestion du site après les travaux. Du côté des habitants, ceux-ci posent également beaucoup de questions notamment sur la gestion des remplissages, la solidité de la digue, ainsi que sur des éléments qui semblaient évidents pour nous mais sur lesquels il faut savoir répondre.

Nous sommes également en contact avec la gendarmerie locale car lorsque nous sommes arrivés le territoire comportait des problématiques de squat, où s’organisaient des rave-party. Avec le projet Seine-Bassée, nous travaillons pour créer une autre dynamique de territoire, pour en faire un endroit de promenade avec une approche pédagogique sur la biodiversité et ainsi, attirer une population différente et locale.  C’est vraiment ce que l’on souhaite mener comme projet global chez Seine Grands Lacs.

On se souvient pourtant que la construction des grands lacs a été extrêmement douloureuse puisque, à l’époque, des villages ont été engloutis. Dans le cadre de Seine-Bassée, nous ne sommes pas à ce niveau-là mais nous avons appris de ce qui a été fait à l’époque et qui s’est avéré assez brutal pour les populations. Avec le projet Seine-Bassée nous essayons d’avoir un partenariat gagnant-gagnant pour le développement du territoire et la co-construction est vraiment primordiale car ce sont ces acteurs qui sont au cœur du territoire.

 

Une dernière question, où en êtes-vous dans l’avancement du chantier Seine la Bassée et quelles sont les prochaines grandes étapes  sur le site pilote?

Emmanuelle Lucas : Les prochains jalons très importants du projet sont de :

  • Finir 95% de la digue à fin novembre 2023
  • Terminer le génie civil de la station de pompage à mi-février 2024 ;
  • Terminer le second œuvre et réceptionner chaque lot des travaux en juin 2024 ;
  • Préparer la « mise en eau test » qui sera faite à l’hiver prochain 2024/2025. C’est un très grand évènement qui va durer un mois et qui décidera de la réception finale. Après cette mise en eau test, l’ouvrage sera complétement réceptionné et prêt à être utilisé même s’il sera opérationnel pour les JO qui est la date la plus importante.

En parallèle, nous travaillons sur l’évaluation du casier pilote et sur la faisabilité des 8 autres casiers. Le plus important est de nous réinterroger par rapport au changement climatique. Nous allons débuter en 2024, un programme de 3 années d’études préliminaires qui sont déjà financées, sachant que le premier casier a nécessité 10 ans d’études dans le but de décrocher la décision de réaliser les 8 casiers complémentaires.

Le projet Seine La Bassée en quelques chiffres

Un projet fondé sur deux piliers :

  • Diminuer le risque inondation. Le projet pilote Seine Bassée vise à contribuer à la diminution de ce risque grâce à la réalisation de 9 retenues d’eau appelées « casiers », dont la première est en cours de construction. Avec les 9 casiers, 55 millions de m3 pourraient être stockés dans l’espace endigué ce qui permettrait d’abaisser la ligne d’eau à Paris de 40 cm lors d’un pic de crue. Pour le site pilote, 1er casier en cours de construction : 10 millions de m3 stockés pour un bénéfice visant à réduire au maximum de 15 cm, la ligne d’eau à Paris.
  • Valoriser la biodiversité du territoire : Le projet Seine Bassée poursuit un objectif de reconquête de la biodiversité, par la valorisation écologique d’un milieu humide exceptionnel. Au programme : au sein de l’espace endigué et sur 5 autres périmètres, des opérations sur 120 ha, sont prévues pour restaurer la faune et la flore locales, et même développer de nouveaux biotopes typiques des zones humides.

 

Le coût du projet (estimation 2019) : 600 M€ TTC pour le projet global de 9 casiers. 114 M€ TTC pour le site pilote dont 10 % du budget consacré à la valorisation écologique. La Banque des Territoires a financé ce projet à hauteur de 11,4M€ en 2021.

Pour en savoir plus https://www.seinegrandslacs.fr/le-site-pilote

Banque des territoires - Groupe Caisse des dépôts

Cet article vous est proposé par la Banque des Territoires

Créée en 2018, la Banque des Territoires est un des cinq métiers de la Caisse des Dépôts. Elle rassemble dans une même structure les expertises internes à destination des territoires. Porte d’entrée client unique, elle propose des solutions sur mesure de conseil et de financement en prêts et en investissement pour répondre aux besoins des collectivités locales, des organismes de logement social, des entreprises publiques locales et des professions juridiques.

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