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Les plus grandes crues de l’histoire de France

Cet article a été rédigé par Maxime Blondeau

Crédits photos : Val de Loire Patrimoine mondial - Gravure

En 2023, d’après le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, 17,1 millions d’habitants et 10 millions d’emplois sont exposés aux risques d’inondations par débordement de cours d’eau, dont 98% en métropole.

 

Sept événements ont fait plus de 100 victimes en deux siècles

 Le premier inventaire national des inondations en France a été réalisé par Maurice Champion sous le second Empire entre 1858 et 1864, à la suite de la crue phénoménale de 1856 sur la moitié du territoire français (voir ci-dessous).

Plus récemment, en 2011, un travail d’inventaire des « inondations remarquables en France » a fait l’objet d’un recueil qui rassemble des informations sur près de 175 événements, sur une période de plus de deux cents ans, de 1770 à nos jours.

Ce travail d’enquête a identifié, sur les deux derniers siècles, sept événements ayant fait plus de 100 victimes :

  • 1 200 morts lors du cyclone de 1928 (Guadeloupe)
  • 500 morts en juin 1875 (crue de la Garonne)
  • 423 morts en décembre 1959 (rupture du barrage de Malpasset)
  • 230 morts en mars 1930 (crue du Tarn et de la Garonne)
  • 175 morts en juillet 1982 (rupture de poche glaciaire à Saint-Gervais)
  • 165 morts lors du cyclone de 1948 (La Réunion)
  • 125 morts en septembre 1875 (lave torrentielle sur l’Orb et le Vernazobres).

 

Il s’agit d’événements anciens. Les progrès réalisés en matière prévision-alerte-évacuation et de génie civil ont permis de réduire les conséquences de tels événements catastrophiques depuis les années 50. La catastrophe du barrage de Malpasset à Fréjus qui compta 423 morts en 1959 est considérée comme la plus terrible, mais ce ne fut pas une crue naturelle.

Plus récemment, les événements de septembre 1992 sur l’Ouvèze (41 morts), de novembre 1999 sur l’Aude (35 morts) et la tempête Xynthia en février 2010 (35 morts) nous rappellent les inondations brutales restent meurtrières aujourd’hui.

 

Les crues lentes du Rhône et de la Loire en 1856

En terme d’étendue, l’inondation nationale de 1856 reste une des plus importantes de notre Histoire, simultanément dans plusieurs régions de France. Elle concerna presque tous les grands fleuves en crue comme le Rhône et la Loire dont les eaux débordèrent sur de nombreuses villes.

Le niveau de la Loire va ainsi s’élever de 7 mètres en 72h à plusieurs points de la vallée. Le centre-ville de Tours disparut sous près de 3 mètres d’eau à l’emplacement actuel de la place Jean Jaurès. Cette grande crue des 3 et 4 juin 1856 résulta d’événements pluvieux conjoints : de forts orages venus de la façade atlantique, sur le massif central et des pluies très importantes sur bassin méditerranéen. Le phénomène fut d’envergure nationale.

Dans le même temps, dans la vallée du Rhône, les villes de Lyon, d’Avignon et de Tarascon enregistrent des crues de 4 mètres d’eau, presque qu’autant que sur la Loire. De fait, sur la majorité des cours d’eau du Massif Central et des Alpes, les eaux montèrent.

Le 20 mai 1856, la Saône déborda sur les quais de la Presqu’Île de Lyon (ici sur la photo) et du Vieux-Lyon (Photo historique © Archives municipales de Lyon / Colorisée par Actu Lyon)

Bien que les dégâts furent terribles, cette crue phénomènale par son ampleur ne fut pas directement meurtrière. Elle le fut indirectement, par ses dommages aux biens et aux récoltes. Celle de la Garonne en 1875, en revanche, emporta 208 toulousains et ravagea de nombreux édifices et bâtiments.

 

La crue éclaire de la Garonne en 1875

Du XIIIe au XIXe siècle, le fleuve pyrénéen est souvent sorti de son lit. Les historiens estiment qu’il le fit à près de 50 reprises en 5 siècles, soit 1 fois tous les dix ans. Mais le 23 juin 1875, une crue historique de la Garonne ravagea toute sa vallée. Le record de montée des eaux établi le 17 septembre 1772 (8,50 m) fut balayé en quelques heures. Le fleuve tourbillonna à une vitesse vertigineuse, atteignant plus de 2,5 millions de litres à la seconde. À midi, les 9 mètres ont été dépassés, plusieurs ponts furent arrachés, et 1200 maisons détruites. Cette crue n’a jamais été égalée depuis, comme le montrent les Archives.

 

La célèbre crue centennale de la Seine en 1910

La ville de Paris connut une inondation historique lorsque la Seine sortît de son lit au début du 20ème siècle. Le niveau monta à 8,62 mètres le 28 janvier 1910 à cause de pluies abondantes, du dégel et du débordement de nombreux affluents bourguignons. C’est la plus importante crue connue de la Seine après celle de 1658, suite à un dégel brutal qui survint à la fin du petit âge glaciaire du Moyen âge, et dont certains témoignages nous sont parvenus.

Mais la crue de 1910 est aujourd’hui le plus important débordement jamais enregistré de la Seine. Elle est qualifiée de “crue centennale” car la probabilité de son apparition sur une année est de 1/100, soit une fois par siècle. La montée des eaux s’est faite en une dizaine de jours, et la décrue en 35 jours environ.

Le 20 janvier 1910, le niveau de la Seine fut si élevé que les bateaux ne pouvaient plus passer sous les ponts. Trois jours plus tard, l’eau déborda sur les quais, inondant une partie de Paris. Le 25 janvier, l’eau montait encore et plusieurs furent intégralement engloutis. Plus de 20.000 immeubles furent inondés à Paris et la moitié du réseau Métropolitain gagnée par les eaux. Aucun mort connu, mais les débris flottèrent pendant plusieurs mois.

Cette catastrophe reste la crue de référence pour la Seine et sert aujourd’hui à la ville de Paris pour se préparer à une future crue éventuelle. Car elle se reproduira certainement dans le siècle. Même si nous sommes aujourd’hui mieux préparés, l’Institut Paris région a modélisé les conséquences d’une crue comparable, sous la forme d’une carte interactive (voir ci dessous).

La carte fait apparaître en bleu les zones qui devraient être inondées et en rouge les zones qui seraient touchées par les conséquences indirectes d’une crue importante. Cliquez pour explorer. (©Institut Paris Région)

 

Les trois grands types de crues

Pour les hydrométéorologues comme Emma Haziza, ou les géographes comme Magali Reghezza, l’importance d’une crue est jugée sur trois paramètres : la hauteur d’eau, la vitesse du courant et la durée de la crue. Ces paramètres sont conditionnés par les précipitations, mais également par l’état du bassin versant et les caractéristiques du cours d’eau (source Météo France)

On peut parler de crue lente, quand le temps de la montée est supérieur à 12 heures et se produit sur un grand bassin versant (supérieur à une dizaine de milliers de km2) en plaine sur les fleuves et les grandes rivières. Ce fut le cas en 1856. Les pluies continues sur de larges zones, ruissellent vers les cours d’eau puis se déversent lentement et progressivement dans les fleuves principaux. La fonte du manteau neigeux peut aussi alimenter la crue et contribuer à maintenir des niveaux d’eau élevés comme lors de la crue de Paris de 1910. Les nappes phréatique, en saturant, peuvent alimenter une crue pendant des semaines, tandis que le vent ou les basses pressions atmosphériques peuvent entraver l’écoulement du cours d’eau en crue à son embouchure en mer, pour les régions littorales ;

Une crue rapide présente un temps de montée compris entre 2 et 12 heures et se produit avec une intensité pluviométrique importante sur un bassin versant plus petit. Parfois la pluie est tombée assez loin de la zone inondée car la crue résulte de la concentration de l’eau tombant sur l’ensemble du bassin hydrique vers les points les plus bas ;

On peut parler de crue soudaine, ou crue-éclair quand le temps de montée est très court, inférieur à quelques heures et se produit sur un petit bassin (jusqu’à une centaine de km2), souvent assez pentu. Elle peut être torrentielle, urbaine ou périurbaine. Le cours d’eau sort subitement de son lit à la suite de pluies violentes et intenses, généralement de durée assez limitée, souvent sous des orages. Ce phénomène est fréquent dans les régions montagneuses où le ruissellement des pentes vers les vallées est très rapide et au bord de la méditerranée avec les épisodes cévenols.

Dans le Sud de la France, la quantité de pluie peut égaler en un jour celle reçue habituellement en un mois (normale mensuelle) ou même en un an. Les cumuls observés peuvent dépasser 500 mm (1 mm = 1litre/m2) en 24 heures. Météo France parle alors d’événement paroxistiques et en garde la mesure précise.

 

Le risque de crue et le changement climatique

Katrina, Pakistan, El Nino, les scènes d’inondations se multiplient dans les médias. Et en Europe aussi, Rhénanie, Grand Est, Wallonie, Luxembourg … En 2021, des régions traditionnellement épargnés par les pluies torrentielles ont été sévèrement touchées, comme le centre de l’Europe. Y a-t-il un lien avec le changement climatique ?

Pour le GIEC et le CNRS, la réponse est oui. Sans équivoque.

La fréquence et l’intensité des crues augmente significativement sur la planète depuis les années 50. Les phénomènes extrêmes comme les ouragans, les tempêtes et les épisodes dit cévenols sont plus forts et plus nombreux. Dans le siècle à venir, notre atmosphère plus chaude contiendra plus de vapeur d’eau, ce qui engendrera des précipitations plus fortes, et toujours plus d’inondations fluviales, notamment les crues rapides et éclair. Des régions jusqu’ici épargnées pourraient connaître de type d’événements, sur le modèle d’El Nino en Amérique du Sud, qui provoque torrents et glissement de terrain, comme avec la tempête Xynthia en Charente-Maritime en 2010 ou encore Alex dans les Alpes Maritimes en 2020. En 24h, les dégâts furent considérables dans la vallée de la Vésubie : 18 morts, 45 ponts détruits et sévèrement endommagés, 300 bâtiments dévastés, ou menaçant de s’effondrer et 25 kilomètres de routes arrachés. Cet événement, celui de la tempête Alex en 2020, a échangé la donne. On estime à un milliard d’euros les dégâts infligés à quelques municipalités dévastées.

 

Alerte, vigilance orange, pluies diluviennes, projections : comment s’informer sur les risques de crues ?

En France, il existe désormais un Service d’information sur le risque de crues des principaux cours d’eau en France : VIGICRUES.GOUV.FR 

Le site http://pluiesextremes.meteo.fr/ par Météo France est particulièrement bien documentés pour celles et ceux qui veulent comprendre le passé et l’avenir des risques de crues. C’est le cas également de la Drias, qui met à disposition des projections climatiques régionalisées réalisées dans les laboratoires français de modélisation du climat (comme l’IPSL, le CERFACS, le CNRM). Et comme le sujet est mondial, une conférence mondiale se tient sur les risques de crues. FLOODRISK 2020 s’est tenue à Budapest en 2021. Partout, les méthodes d’analyse et de gestion des risques d’inondation sont en train de s’adapter pour faire face à de nouveau type d’aléas et d’incertitudes.

Le changement climatique, l’élévation du niveau de la mer, l’augmentation des précipitations et de l’incidence des tempêtes, et éventuellement la modification des régimes de débit des rivières, influencent les risques d’inondation à un degré sans précédent et incertain.

Cela donne le ton pour le siècle à venir. Les crues feront de plus en plus partie de nos vies.

Banque des territoires - Groupe Caisse des dépôts

Cet article vous est proposé par la Banque des Territoires

Créée en 2018, la Banque des Territoires est un des cinq métiers de la Caisse des Dépôts. Elle rassemble dans une même structure les expertises internes à destination des territoires. Porte d’entrée client unique, elle propose des solutions sur mesure de conseil et de financement en prêts et en investissement pour répondre aux besoins des collectivités locales, des organismes de logement social, des entreprises publiques locales et des professions juridiques.

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Pour aller plus loin sur les crues

Quand parle-t-on de crue ?

On parle de crue lorsque le niveau d'un cours d'eau (rivière, fleuve) dépasse son niveau normal en raison d'une forte pluie, d'une fonte des neiges importante, ou d'autres facteurs tels que la saturation des sols. Cela peut entraîner des inondations et des dégâts matériels importants.

Qu'est-ce que Vigicrue ou Vigie-crue ?

Vigicrues est un système de surveillance et d'information sur les crues en France. Il est géré par le Service Central d'Hydrométéorologie et d'Appui à la Prévision des Inondations (SCHAPI), qui dépend du Ministère de la Transition écologique et solidaire. Vigicrues collecte et analyse en temps réel les données hydrométriques (niveaux d'eau, débits, précipitations) provenant d'un réseau de stations de mesure réparties sur l'ensemble du territoire français. Ces informations sont ensuite mises à disposition du public via un site web et une application mobile, permettant ainsi de suivre l'évolution des cours d'eau et d'être alerté en cas de risque de crue.

Qu'est-ce qu'une crue saisonnière et pourquoi se produit elle ?

Une crue saisonnière est une inondation qui se produit de manière régulière et prévisible à certaines périodes de l'année, généralement en raison des précipitations abondantes pendant une saison spécifique. Ces crues sont souvent associées à des cours d'eau et des rivières qui débordent de leur lit en raison du volume élevé d'eau. Les crues saisonnières peuvent avoir des effets importants sur les régions touchées, notamment des dommages aux infrastructures, des perturbations des activités agricoles et des risques accrus pour la population.

Quelle est la différence entre une intempérie et une inondation?

Une intempérie est un terme général qui fait référence à des conditions météorologiques extrêmes telles que des tempêtes, des vents violents, des orages, des chutes de neige abondantes, etc. Une inondation, quant à elle, est un phénomène spécifique qui se produit lorsqu'une zone est submergée par une quantité excessive d'eau, souvent due à des précipitations intenses, à la fonte des neiges, à des ruptures de digues, à des marées hautes, etc. En résumé, une inondation peut être considérée comme une conséquence possible d'une intempérie, mais toutes les intempéries ne se traduisent pas nécessairement par une inondation.

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