Restaurer le Tanyari pour limiter les inondations à Palau-del-Vidre (66)

Le Tanyari, petit cours d’eau des Pyrénées-Orientales, est à l’origine d’importantes inondations sur la commune de Palau-de-Vidre.

Afin de réduire ces débordements, cet affluent du Tech a subi au fil des années une forte artificialisation, ce qui a eu pour conséquence une forte diminution du potentiel écologique du milieu. Les inondations, elles, n’ont pas cessé.

En collaboration étroite avec le maire de Palau-del-Vidre, le Syndicat mixte de gestion et d’aménagement Tech-Albères (SMIGATA) s’est battu pendant près de vingt ans pour faire adopter cette solution : augmenter la capacité hydraulique du lit du cours d’eau, de façon à pouvoir résister à une crue trentennale, et restaurer écologiquement le Tanyari, en plantant une ripisylve adaptée aux conditions locales.

Après des années de contentieux judiciaire lié au foncier, les travaux ont débuté en octobre 2023 et devraient se terminer en mars 2025.

Entretien avec Alexandre Puignau, Isabelle Farres et David Thomas

Parole de collectivité
Alexandre Puignau (à gacuhe), Isabelle Farres et David Thomas - Crédits photo : Banque des Territoires
Prévention des inondations

Ce projet est présenté par :

  • Alexandre Puignau, président du Syndicat mixte de gestion et d’aménagement Tech-Albères (SMIGATA), représentant légal de la maîtrise d’ouvrage
  • Isabelle Farres, directrice du SMIGATA, coordination du projet
  • David Thomas, technicien en charge du suivi des travaux
Il est difficile de faire comprendre à la population qu’un cours d’eau à sec conserve une capacité dévastatrice en cas de crue.
Alexandre Puignau

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Comment le projet de restauration du Tanyari s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Afin de lutter contre les inondations dans la commune de Palau-del-Vidre, le Tanyari a, pendant très longtemps, été artificialisé et même fait l’objet de déversements agricoles. Non seulement ces solutions n’ont jamais fonctionné mais elles ont par ailleurs dégradé fortement la biodiversité et permis le développement accru d’espèces invasives, principalement la canne de Provence. Au début des années 2000, plusieurs scénarios sont évoqués : construire un canal de dérivation en amont de la confluence du Tanyari avec le Tech, réaliser un nouveau curage afin d’élargir le lit du Tanyari ou bien reconstituer un lit emboîté et planter des essences locales. C’est cette troisième option, écologique, que nous avons portée. Il a cependant fallu des années pour en démontrer la viabilité.

En 2006, sous l’impulsion du SMIGATA, la communauté de communes Albères-Côte Vermeille réalise un diagnostic complet du bassin versant du Tanyari. Une autre solution est alors mise sur la table : construire des bassins de rétention dans les communes situées en amont de Palau-del-Vidre. Mais le projet est finalement abandonné, les communes concernées estimant son coût trop élevé. En 2013, une nouvelle étude est donc lancée sur le tronçon de Palau-del-Vidre uniquement (soit environ 2,5 km). L’objectif est alors d’associer la problématique des inondations à celle de la restauration écologique du cours d’eau. En 2018, le SMIGATA, désormais porteur de la compétence GEMAPI, répond à un appel à projet de l’agence de l’Eau sur cette thématique mixte. Le projet obtient la déclaration d’utilité publique en 2019. Après un long contentieux judiciaire avec un propriétaire foncier, les travaux débutent en octobre 2023.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous n’en avons pas vraiment eues. Nous avons simplement toujours été convaincus de l’utilité de développer des approches mixtes. En effet, le tout hydraulique n’est pas suffisant pour traiter les aspects environnementaux du projet et le tout écologique ne marche pas non plus s’agissant de la prévention des risques. Le cours d’eau avait été tellement artificialisé que sa capacité d’encaisse était très faible, il fallait donc nécessairement procéder à un élargissement du lit. Mais avoir un volet écologique ne diminue en rien la capacité hydraulique du projet, à savoir contenir une crue d’occurrence trentennale.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Oui, plusieurs phases d’études poussées ont été menées, comprenant une analyse des impacts du projet. Ces études étaient un préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP).

Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il faut être parfaitement au fait du fonctionnement physique et écologique des cours d’eau méditerranéens. Quand on a relancé le projet en 2020, et alors que le contentieux judiciaire autour du foncier était en cours, le Tanyari s’est asséché, une situation qui a n’a pas évolué depuis trois ans. Il est difficile de faire comprendre à la population qu’un cours d’eau à sec conserve une capacité dévastatrice en cas de crue.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

À l’origine, plusieurs approches étaient envisagées donc il a fallu faire la démonstration que notre projet représentait la meilleure solution. Nous avons utilisé toutes les méthodes qui étaient à notre disposition, à savoir la modélisation hydraulique, l’infographie, les réunions locales avec les riverains. Finalement, ce projet est devenu consensuel dans la mesure où il a été porté pendant de longues années, notamment par l’ancien maire de Palau-del-Vidre.

Ceci étant dit, cela ne nous a pas empêché d’entrer en conflit avec un important propriétaire foncier riverain. Une partie de ses terrains, qui était en friche et servait de dépotoir, a été acquis pour les travaux, ce qu’il n’a pas bien vécu. Par ailleurs, nous avions prévu de remplacer le système arboré très dégradé du Tanyari par des essences locales. Cela impliquait de raser le merlon qu’il avait construit pour empêcher les gens de s’introduire illégalement sur son terrain en voiture. Il a fallu lui expliquer que le Tanyari n’était pas une voie et que les voitures n’avaient rien à faire dans le lit du cours d’eau, que les accès seraient fermés après les travaux. Par ailleurs, nous voulions reconstituer une ripisylve fonctionnelle. En se donnant un peu de temps, il pouvait y gagner en termes de plus-value sur ces terrains. Malheureusement, il n’a jamais voulu entendre ces arguments. Bien qu’il ait porté l’affaire devant les tribunaux, la justice nous a donné gain de cause.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Au départ, le projet avait été estimé à 2 millions d’euros HT, un montant financé à 80 % par l’Agence de l’eau. Malheureusement, le contentieux judiciaire nous a fait perdre plusieurs années. À la suite du Covid, les prix des entreprises du BTP avait augmenté de près de 15 %. Lorsque nous avons réévalué le projet en 2022, ce dernier coûtait 1,8 millions d’euros de plus ! Nous avons donc cherché d’autres partenariats financiers. Sur ces 1,8 millions d’euros supplémentaires, l’Agence de l’eau a financé 50 %, la région Occitanie 20 % et le Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, 10 %. Après négociations avec les entreprises locales, nous avons néanmoins réussi à réduire ce montant à 3,6 millions TTC. Le reste a été auto-financé par le SMIGATA, avec un emprunt à hauteur de 500 000 euros.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné votre collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La première étude du bassin versant a été réalisée par la communauté de communes de Albères-Côte Vermeille. Ensuite les études ont été portées essentiellement par la commune de Palau-del-Vidre et les communes limitrophes (Saint Genis des Fontaines et Laroque des Albères). Nous avons par la suite travaillé avec différents bureaux d’étude (Burgeap, Seetec Hydratec), des maîtres d’œuvre (Setec Hydratec, Morancy Conseil Environnement, Festuca), des entreprises (Terrassement des Albères, DRIM Environnement), les services de l’Etat (DDTM66 et l’OFB66) et des partenaires financiers donc (l’Agence de l’eau, la Région, le Département).

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Le projet en détails

Dates clés

1998

Mise à l'agenda

2000 - 2016

Inspiration et Compétences

2016 - 2019

Diagnostic et planification

octobre 2023 - mars 2025

Réalisation du projet

Chiffres clés

3,6

millions d'euros de coût du projet

2,5

km linéaire de cours d’eau restaurés

Q30

occurrence de la crue pour laquelle le projet protège le village

À retenir

Avoir mené une approche intégrée qui réponde à la fois à l’objectif de lutte contre les inondations et de restauration écologique du cours d’eau

Une organisation de chantier optimisée. Exemples : les 60 000 m3 de déblais issus des travaux de terrassement ont été déposés dans le Tech, historiquement déficitaire en matériaux alluvionnaires. Par ailleurs, toute la végétation qui a été broyée a été transformée en paillage, lui-même utilisé pour garder un sol humide et empêcher les adventices de repousser

La difficile maîtrise du foncier, les délais avant travaux, repoussés pendant longtemps du fait du contentieux et le coût élevé du projet

Ressources

L'Indépendant - Palau-del-Vidre – Lancement des travaux sur le lit du Tanyari

Afin de lutter contre les crues du Tanyari, d'importants travaux ont débuté mi-novembre

Les partenaires de ce projet

logo-agence-rmc

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

La-region-occitanie

Région Occitanie

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Département des Pyrénées Orientales

DDTM la direction départementale des territoires et de la mer

DDTM

Office français de la Biodiversité-ofb

OFB

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Burgeap logo

Burgeap

Setec Hydratec logo

Setec Hydratec

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Morancy Conseil Environnement

RS - Visuel non disponible

Festuca

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Terrassement des Albères

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DRIM Environnement

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