Agroécologie
Approche de conception des systèmes agricoles qui mobilise la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes pour réduire engrais et pesticides de synthèse. Pour les collectivités, un levier de protection des captages d'eau potable contre les pollutions diffuses.
Cette définition couvre également les termes :
- agro-écologie
Définitions
Qu'est-ce que l'agroécologie ?
L'agroécologie désigne une façon de concevoir les systèmes de production agricole qui s'appuie sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes afin de réduire le recours aux engrais et aux produits phytosanitaires de synthèse, et de préserver les ressources naturelles, au premier rang desquelles l'eau.
Le ministère de l'Agriculture et l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) la décrivent comme une approche systémique : elle raisonne à l'échelle de l'exploitation entière, mobilise l'agronomie, l'écologie et l'économie, et utilise la nature comme facteur de production sans entamer sa capacité de renouvellement.
Les enjeux de l'agroécologie pour la ressource en eau
Pour une collectivité compétente en eau potable, l'agroécologie constitue un levier de prévention des pollutions diffuses. Entre 1980 et 2024, près de 14 300 captages ont été fermés en France, dont un tiers en raison de la dégradation de la qualité de l'eau. Parmi ces abandons, 41 % tiennent aux nitrates ou aux pesticides (rapport du Sénat n° 691, juin 2025).
La transition des exploitations situées sur une aire d'alimentation de captage (AAC) réduit les flux de nitrates et de pesticides vers les nappes et les cours d'eau. Elle limite ainsi les traitements curatifs, dont le même rapport chiffre le surcoût national entre 1 et 2 milliards d'euros par an.
La démarche se pense à l'échelle du territoire, car les dynamiques de l'eau dépassent la parcelle. Syndicats d'eau, intercommunalités et communes y contribuent par la rémunération des pratiques, la maîtrise du foncier, la plantation de haies ou l'animation de chartes avec les agriculteurs.
Pratiques et indicateurs de l'agroécologie
Sur le plan agronomique, l'agroécologie combine quatre leviers qui agissent sur le cycle de l'azote, la structure des sols et la régulation des ravageurs :
- diversification des cultures et allongement des rotations, avec introduction de légumineuses qui fixent l'azote de l'air ;
- couverture des sols en interculture, qui limite l'érosion et le lessivage des nitrates ;
- infrastructures agroécologiques (IAE) : haies, talus, bandes enherbées et prairies, qui freinent le ruissellement ;
- réduction des intrants par le désherbage mécanique et les cultures à bas niveau d'intrants.
Les indicateurs de suivi
Les collectivités pilotent la transition par des indicateurs mesurables, qui conditionnent souvent le versement des paiements pour services environnementaux (PSE) : indicateur de fréquence de traitements (IFT), longueur de rotation en années, taux de couverture des sols en interculture en pourcentage de la surface agricole, linéaire d'infrastructures agroécologiques en mètres par hectare.
Le suivi de la ressource complète ces indicateurs de moyens : concentrations en nitrates (mg/L) et en pesticides (µg/L) mesurées au captage, sur des chroniques pluriannuelles. L'effet des pratiques sur les nappes apparaît en effet avec un décalage de plusieurs années, ce qui impose de suivre les deux séries d'indicateurs dans la durée.
Un objectif inscrit dans le code rural
L'article L1 du code rural et de la pêche maritime, en son II, fixe aux politiques publiques l'objectif de promouvoir et de pérenniser les systèmes de production agroécologiques. L'État y encourage les agriculteurs à recourir à des pratiques et à des systèmes de cultures innovants dans une démarche agroécologique. Le III du même article prévoit que le programme national pour l'alimentation se décline notamment en projets alimentaires territoriaux (PAT), que les collectivités peuvent porter.
Les groupements d'intérêt économique et environnemental
Les articles L315-1 et L315-2 du même code, en vigueur depuis le 15 octobre 2014, créent les groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE). Ces collectifs, où les agriculteurs détiennent la majorité des voix, portent un projet pluriannuel de modification de leurs systèmes de production, qui vise une performance à la fois économique, sociale et environnementale. Le préfet de région les reconnaît après avis du président du conseil régional.
La protection des aires d'alimentation de captage
L'article L211-3 du code de l'environnement, modifié par l'ordonnance n° 2022-1611 du 22 décembre 2022, organise la délimitation des aires d'alimentation de captage (AAC) par l'autorité administrative, sur proposition de la personne publique responsable de la production d'eau (V). Sur les aires associées à des points de prélèvement sensibles, un programme d'actions encadre les pratiques agricoles (II, 7°). La collectivité engage donc deux procédures : transmettre sa proposition de délimitation, puis contribuer au programme d'actions.
Cas d'usage de l'agroécologie pour les collectivités
| Cas d'usage | Description & Retours d'expérience | Bénéfices pour le territoire |
|---|---|---|
| Rémunérer les agriculteurs pour des pratiques agroécologiques | La collectivité responsable de la production d'eau contractualise avec les agriculteurs de l'aire d'alimentation de captage (AAC). Elle leur verse des paiements pour services environnementaux (PSE) annuels, sur plusieurs années, en contrepartie de résultats mesurés par des indicateurs : fréquence de traitements, longueur de rotation, couverture des sols, linéaire de haies. Les agences de l'eau financent une large part de ces dispositifs.
Retour d'expérience : Grâce aux PSE, Valence Romans Eau (26) rémunère ses agriculteurs pour les aider à aller vers des pratiques agroécologiques |
Réduction des intrants à la source, engagement volontaire mesuré chaque année, eau brute de meilleure qualité à traiter. |
| Fédérer les acteurs d'un bassin autour d'un objectif zéro phytosanitaire | La collectivité réunit autour d'une charte le syndicat d'eau, les communes et les représentants agricoles d'un bassin d'alimentation. La charte fixe un objectif commun de réduction des produits phytosanitaires à une échéance donnée, puis mobilise plusieurs outils auprès des exploitations : PSE, mesures agroenvironnementales, aides au désherbage mécanique.
Retour d'expérience : Protection des ressources en eau potable à Saffré (44) : une charte pour s’engager ensemble |
Gouvernance partagée entre collectivités et monde agricole, cap commun de long terme, cohérence des aides sur l'ensemble du bassin. |
| Maîtriser le foncier sur une zone de captage | La collectivité acquiert des parcelles agricoles situées sur l'aire d'alimentation ou dans un périmètre de protection de captage, avec le soutien possible de l'agence de l'eau. Elle les loue ensuite à un agriculteur par un bail à clauses environnementales, qui encadre les pratiques : interdiction des traitements phytosanitaires, maintien des prairies, encadrement du pâturage.
Retour d'expérience : A Chancenay (52), l’achat d’un terrain agricole sécurise une zone de captage d’eau potable |
Protection durable des parcelles les plus sensibles, pratiques garanties par contrat, maintien d'une activité agricole sur le site. |
| Restaurer les infrastructures agroécologiques | La collectivité finance et coordonne la plantation de haies, de talus et de bandes enherbées sur les parcelles d'agriculteurs volontaires. Ces infrastructures agroécologiques freinent le ruissellement, retiennent les particules de sol chargées de pesticides et abritent les auxiliaires des cultures. Les plantations s'étalent sur plusieurs années, avec des cofinancements de l'agence de l'eau et des fonds européens.
Retour d'expérience : Planter des haies et aménager des talus sur les parcelles agricoles pour endiguer l’érosion des sols et le ruissellement des intrants (61) |
Ruissellement freiné, transfert des pesticides vers les cours d'eau réduit, sols protégés de l'érosion, biodiversité fonctionnelle restaurée. |