Les eaux non conventionnelles désignent un gisement de ressources hydriques alternatives qui sert à diversifier le mix hydrique des territoires afin de garantir la résilience des services publics d’eau face au changement climatique et de préserver les masses d’eau patrimoniales.
Historiquement, la gestion du petit cycle de l’eau repose sur le prélèvement direct dans le milieu naturel. Les tensions hydro-climatiques actuelles imposent désormais une rupture avec ce modèle linéaire. L’intégration des eaux non conventionnelles transforme le cycle de l’eau en une boucle circulaire. Cette approche englobe la récupération des eaux pluviales pour l’arrosage des espaces verts, le recyclage des eaux grises dans l’habitat collectif ou encore la Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) en sortie de station d’épuration pour des usages agricoles et industriels.
Pour l’élu local, cette stratégie structure une réponse concrète aux arrêtés de restriction lors des périodes de sécheresse. Elle évite le recours systématique à l’eau potable pour des usages qui ne requièrent pas une qualité sanitaire maximale. Cette gestion différenciée de la ressource protège les stocks stratégiques destinés à la consommation humaine. Elle maintient en parallèle l’activité économique et l’attractivité des paysages urbains. Ce changement de paradigme réduit la vulnérabilité des collectivités. La valorisation de ces volumes inédits soutient les débits d’étiage des rivières. L’exploitation de ces gisements de proximité consolide ainsi l’autonomie hydrique locale de manière pérenne.
Définition technique
Le déploiement des eaux non conventionnelles exige une caractérisation physico-chimique et microbiologique précise de chaque flux. Dans le cadre de la REUT, les technologies de traitement tertiaire (filtration membranaire, désinfection UV, chloration) garantissent l’abattage des pathogènes et des micropolluants. La conception des réseaux nécessite une séparation stricte des canalisations. Un double réseau évite toute interconnexion accidentelle entre l’eau destinée à la consommation humaine et l’eau recyclée. Les gestionnaires installent des dispositifs de disconnection par surverse totale ou des disconnecteurs à zone de pression réduite contrôlable pour prévenir les retours d’eau.
Le pilotage de ces systèmes intègre des capteurs de turbidité, de conductivité et de chlore résiduel en temps réel. Ces instruments communiquent via des protocoles SIG pour assurer une traçabilité totale des volumes délivrés. L’hydrogéologue analyse parallèlement l’impact des rejets d’eaux pluviales infiltrées sur la recharge des aquifères. Il évalue ainsi le risque de transfert de polluants de surface vers la zone saturée.
Définition juridique et réglementaire
Le décret n° 2023-835 et la simplification des usages
Le cadre réglementaire français connaît une mutation profonde pour lever les freins au développement des eaux non conventionnelles. Le décret du 29 août 2023 relatif aux usages des eaux usées traitées simplifie les procédures d’autorisation. Ce texte unifie les régimes applicables et définit des exigences de qualité sanitaire modulées selon les usages visés. Le Préfet de département délivre désormais les autorisations après avis des autorités de santé. Cette réforme accélère la mise en œuvre des projets territoriaux.
Le Plan Eau et la planification écologique
La stratégie nationale s’appuie sur le Plan Eau présenté en 2023. Ce document fixe un objectif de 10 % de réutilisation des eaux usées à l’horizon 2030. Cette ambition s’inscrit dans les Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). Ces documents de planification intègrent désormais le recours aux ressources alternatives comme un levier de réduction des prélèvements nets. Le Code de l’environnement encadre strictement ces pratiques pour prévenir toute dégradation de l’état chimique et écologique des milieux récepteurs.
Cas d’usage pour les collectivités
| Cas d’usage | Description & Retours d’expérience | Bénéfices pour le territoire |
|---|---|---|
| Irrigation agricole par REUT | Acheminement des eaux traitées en sortie de station d’épuration vers des parcelles agricoles limitrophes.
Lire le REX : Dans la Vallée des Baux (13), les eaux usées traitées irriguent oliviers et amandiers. |
Sécurise les rendements, réduit les prélèvements en nappe et maintient la souveraineté alimentaire locale. |
| Arrosage et nettoyage urbain | Utilisation d’eaux de pluie ou d’eaux usées traitées pour l’entretien des parcs, des stades et le lavage des voiries.
Lire le REX : Orléans métropole traite l’eau d’une station d’épuration pour arroser son Parc Floral (45). |
Supprime la consommation d’eau potable pour des usages techniques et garantit la pérennité des espaces verts en période de crise. |
| Infiltration et recharge de nappe | Redirection et infiltration des eaux pluviales à la parcelle pour désengorger les réseaux et soutenir les niveaux piézométriques du sous-sol.
Lire le REX : La métropole de Lyon (69) et ses arbres de pluie : capter et favoriser l’infiltration des eaux de ruissellement. |
Lutte contre le ruissellement urbain, prévient la saturation des réseaux d’assainissement et renforce les réserves d’eau brute. |
| Substitution pour les procédés industriels | Traitement tertiaire et acheminement d’eaux usées depuis la station d’épuration vers les zones d’activités pour alimenter les usines (circuits de refroidissement, lavage).
Lire le REX : Saint-Nazaire agglo (44) veut utiliser l’eau usée traitée pour les usages industriels. |
Sécurise l’approvisionnement des grands consommateurs, soutient la décarbonation de l’économie locale et préserve les volumes d’eau potable. |